Boulogne-Billancourt en 1870-1871
BOULOGNE-BILLANCOURT EN 1870-1871
De l'automne 1870 au printemps 1871, la ville de Boulogne a subi les conséquences de deux sièges successifs de la Capitale : celui établi par les armées ennemies dans le cadre de la guerre franco-prussienne, puis celui des troupes françaises pour reconquérir Paris soulevée par un mouvement révolutionnaire.
Cette période longtemps oubliée a pourtant considérablement marqué le destin du territoire boulonnais.
Une ville aux portes de Paris
En 1814 et 1815, les troupes coalisées contre l'armée napoléonienne avait envahi la France.
À cette occasion, la défense de Paris avait démontré sa faiblesse. Pour pouvoir supporter une éventuelle attaque, Paris devait être fortifiée. En 1840, Adolphe Thiers, chef du Gouvernement, fait déclarer d'utilité publique et d'urgence la construction d'une enceinte.
Achevée en 1844, la fortification est longue de 39 km et jalonnée de 95 bastions, 17 portes, 23 barrières et 8 passages de chemins de fer. La grande distance entre le fort d'Issy et celui du Mont-Valérien, marque une faiblesse dans la défense de Paris. Les bastions n° 66, 67 et 67 bis – au Point-du-Jour - sont donc essentiels.
La commune est dès lors au cœur d’un cercle de fer et de feu formé par le fort d’Issy, les redoutes de Brimborion à Sèvres, de Montretout à Saint-Cloud, la forteresse du Mont-Valérien et le mur d’enceinte qui sert bientôt de nouvelle limite à la Capitale.
En août 1870, les élections municipales voient la victoire des républicains alors même que le pays vient d'entrer en guerre avec la Prusse et qu'il connaît ses premiers revers. L’Empereur qui rencontre des difficultés politiques intérieures, pense qu'une guerre contre la Prusse permettrait de rassembler le pays autour de lui. La guerre est déclarée à la Prusse le 19 juillet 1870. La mobilisation se fait dans le plus grand désordre, l’armement français est archaïque comparé à l’artillerie prussienne.
En septembre, l’Empereur capitule et les troupes prussiennes sont aux portes de la Capitale qui est dès lors assiégée.
Vivre en temps de siège
À Boulogne, les troupes prussiennes approchent Paris, et le "trou" dans la défense de la Capitale entre les forts d'Issy et du Mont-Valérien fait craindre une attaque aux abords de la ville. Il faut envisager de rompre les ponts de Saint-Cloud, Sèvres et Billancourt. La ville se trouve alors isolée et au cœur du danger
Mobilisées en région parisienne dès le début du conflit, les unités de la Garde nationale révèlent une grande désorganisation, une impréparation flagrante et un manque d'équipement. Leur présence à Billancourt est ambivalente. Ainsi, la presse loue les exploits des soldats dans la défense des ponts mais les conseillers municipaux sont régulièrement alertés par les habitants et par le commissaire de police des pillages et déprédations commis par les troupes en cantonnement.
Boulogne est sous le feu régulier des bombardements aussi bien prussiens que français dès le début du Siège. Si chacun vise l'autre camp, les tirs sont imprécis et touchent la ville et les communes voisines.

Le château de Saint-Cloud, dans lequel s'est installée l'armée allemande, est détruit le 13 octobre par des obus français tirés depuis le Mont-Valérien.
D'un siège à l'autre
Le 19 janvier 1871, la seconde bataille de Buzenval marque l'ultime tentative française de briser le Siège de Paris. La veille, le roi Guillaume 1er a été élevé au rang d'Empereur dans la galerie des glaces du Château de Versailles.
Malgré quelques succès et face à la désorganisation des troupes françaises, le général Trochu ordonne de battre en retraite.
Le 28 janvier, l’armistice est publié au Journal Officiel. Cet armistice est prévu pour une durée de trois semaines, pendant lesquelles seront négociés les préliminaires de paix. Le 27 février, les troupes allemandes traversent donc la Seine sur un pont de bateaux, empruntent le boulevard de Strasbourg (actuel boulevard Jean Jaurès) puis la Grande Rue (aujourd'hui avenue Jean-Baptiste-Clément) avant d'entrer dans Paris.
Tandis qu'à Boulogne la vie reprend son cours, le peuple de Paris gronde. Face aux exigences allemandes, une grande partie des Parisiens voient l’armistice comme une trahison de la part du Gouvernement. Le 18 mars débute l'insurrection d'un Paris républicain face à l'Assemblée nationale fraîchement élue et à majorité monarchique.
Boulogne est alors prise en tenaille entre le fort d'Issy tenu par les communards et le Mont-Valérien aux mains des Versaillais.
Le 21 mai, un habitant du Point-du-Jour avertit l'Armée que les remparts ne sont pas gardés. Les troupes passent alors par les Portes de Saint-Cloud et du Point-du-Jour pour entrer dans Paris et réprimer l'insurrection : c'est le début de la semaine sanglante.
Soigner les blessures
A la fin de la guerre, les soldats s'étant fait remarquer par leur faits d'armes sont récompensés par la Légion d'honneur ou la médaille militaire. En revanche, le Gouvernement refuse la création d'une médaille commémorative destinées aux anciens combattants. Sans doute veut-on oublier au plus vite la défaite.

Si durant quarante ans, les vétérans de 1870-1871 porteront des insignes non officiels remis par les différentes associations d'anciens combattants., il faut attendre la loi du 9 novembre 1911 pour que soit officiellement créée une médaille.
Le 29 décembre 1912, en présence de la Municipalité, des membres de l'Association du Souvenir Français, du comité de Boulogne et de l'Association des Dames de France, une cérémonie de remise des médailles est organisée à la Salle des fêtes.